Février 2025
Les protocoles décrits ci-dessous sont destinés aux chercheurs, journalistes et réalisateurs qui s’intéressent aux conséquences environnementales, sanitaires et politiques des 193 bombes nucléaires et thermonucléaires qui ont contaminé Māòhi Nui. Ils ne sont en aucun cas conçus pour décourager la recherche sur les héritages du Centre d’expérimentation du Pacifiqiue (CEP). Au contraire, il est essentiel de poursuivre la recherche sur ce sujet car de nombreuses questions demeurent irrésolues, et ces protocoles visent à créer des partenariats plus solides entre chercheurs, journalistes, activistes, et survivants du nucléaire. Il est important que les personnes souhaitant travailler sur la question nucléaire à Māòhi Nui soient attentives au fait qu’il s’agit ici d’un sujet sensible et potentiellement traumatisant pour les communautés touchées. Ces protocoles reconnaissent la liberté des médias et l’indépendance de la recherche scientifique. Les recommandations qui suivent ne portent pas sur le contenu des recherches effectuées, mais sur l’engagement éthique envers les communautés touchées par le nucléaire, qui ont longtemps souffert d’abus et d’exploitation par des chercheurs extérieurs – abus qui persistent encore aujourd’hui.
La recherche universitaire et médiatique est souvent entreprise pour répondre à des objectifs de carrière de chercheurs, journalistes et réalisateurs n’ayant pas subi personnellement les conséquences des explosions nucléaires à des fins expérimentales. Cet état de fait s’inscrit dans une continuité historique problématique: la recherche sur les retombées radioactives a longtemps été effectuée principalement par les scientifiques français, travaillant le plus souvent au sein même des organismes militaires qui sont responsables de graves atteintes à la santé du peuple mā’ohi, à sa terre, et à son autodétermination politique. Les liens de confiance entre chercheurs et communautés touchées ont donc été distendus. Les survivants du nucléaire peuvent ressentir une certaine lassitude à parler de leur expérience à des personnes de passage sans que cela ne change quoi que ce soit pour leur communauté. Il est donc impératif pour les chercheurs et journalistes de choisir des sujets de recherche qui apportent de nouveaux éléments de connaissance au peuple Māòhi, plutôt que d’étudier des questions qui servent des intérêts de carrière personnels ou qui sont en vogue dans un champ d’investigation. Les associations de survivants du nucléaire comme Moruroa e Tātou, Association 193 et Tamarii Moruroa sont disposées à aider les enquêteurs potentiels à concevoir des projets qui répondent aux interrogations de la population et qui soutiendront au mieux les intérêts des communautés touchées de Māòhi Nui. Chercheurs, journalistes et réalisateurs sont enfin invités à participer chaque année aux événements du 2 juillet pour s’informer et rencontrer des membres de la communauté qui luttent pour que le Pacifique devienne véritablement libre et dénucléarisé.
FAATURERAA – DROITS
Il est attendu des personnes travaillant aux côtés du peuple de Māòhi Nui, même si elles sont originaires de Māòhi Nui ou si elles y ont longtemps vécu, qu’elles soient prêtes à rendre compte de leur travail. Les protocoles recommandent ainsi de travailler en tenant compte des cadres établis en matière de droits des peuples autochtones (par exemple, tels que définis dans la déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones), ainsi que des pratiques locales spécifiques au peuple Māòhi, afin de protéger l’intégrité culturelle de ce peuple. Avant de travailler avec une communauté touchée, il est important de s’informer des traditions culturelles propres à chaque archipel, chaque île ou atoll, voire chaque district de Māòhi Nui, et à respecter la hiérarchie propre à chaque communauté, qui privilégie souvent une rencontre préalable auprès d’un Metua, un Ancien, un Pasteur, ou bien un Tāvana (maire ou mairesse de la commune ou l’île).
FAATURA – RESPECT
Toute personne travaillant sur des sujets relatifs aux expositions nucléaires doit s’engager à respecter les principes suivants:
HŌROÀ MAI, HŌROÀ ATU – RÉCIPROCITÉ
La réciprocité est un principe central à Māòhi Nui. Les protocoles enjoignent à travailler avec l’intention de construire des relations mutuellement bénéfiques avec vos interlocuteurs, en respectant des valeurs culturelles comme hōroà mai, hōroà atu, faarii mai, faarii atu, faaroo mai, faaroo atu, qui permettent d’éviter les relations extractives et coloniales.
Afin de garantir un engagement à long terme envers la recherche sur les essais nucléaires et la population de Maòhi Nui, nous exigeons qu’un jury (avec les membres de l’Association Moruroa e Tātou, de l’Association 193, et de Tamarii Moruroa) soit mis en place pour examiner les projets entrants et donner leur autorisation.
Les principes exposés ici sont inspirés des protocoles définis par le Nuclear Truth Project.
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